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« Je veux faire entendre la voix des territoires » – Interview de Brice Sannac, co-président de l’UMIH Occitanie

Entre mer et montagne, soleil et défis structurels, l’Occitanie s’impose comme l’un des poumons du tourisme français. Brice Sannac, président de l’Umih Occitanie, incarne une génération d’entrepreneurs engagés, les mains dans le concret et le regard tourné vers l’avenir. Propriétaire de deux hôtels et d’un restaurant à Banyuls-sur-Mer dans les Pyrénées-Orientales, il défend une vision à la fois territoriale, pragmatique… et résolument offensive. Rencontre avec un porte-voix des professionnels de l’hôtellerie-restauration qui ne craint pas de mouiller la chemise. Bien au contraire. Il se porte candidat à la présidence nationale de l’Umih (élections en octobre prochain) et affiche des ambitions claires : professionnaliser davantage la profession et faire entendre la voix des territoires. 

Vous êtes à la fois chef d’entreprise et représentant des patrons de la profession. Quel est votre parcours ?

Je suis avant tout un homme de terrain. Je suis propriétaire-gérant de deux hôtels : Les Elmes (depuis 2016) et La Maison Nova (depuis 2023), ainsi que du restaurant La Littorine, à Banyuls-sur-Mer. Cela représente plus de 50 salariés en moyenne sur l’année

Je suis par ailleurs très investi au sein de l’UMIH depuis plusieurs années pour défendre nos métiers. Grâce à l’engagement de ses élus, de ses collaborateurs et de ses branches métiers au cœur de nos territoires, l’UMIH est la seule structure capable de fédérer et de représenter toute la diversité de nos entreprises, qu’elles soient saisonnières ou annuelles, artisanales ou hôtelières.

Que représente aujourd’hui le secteur CHR en Occitanie ?

L’Occitanie est la deuxième région touristique de France. Nos métiers sont essentiels : nous créons de l’emploi, nous participons à l’aménagement du territoire et nous valorisons l’agriculture locale. Nous sommes, en quelque sorte, les premiers ambassadeurs des producteurs locaux. Avec près de 5 000 adhérents à l’UMIH Occitanie, cela donne une idée du poids économique et humain de notre secteur. 

Quels sont aujourd’hui les principaux défis du CHR en Occitanie ?

Le changement climatique est un défi majeur. Il fait beau 300 jours par an, mais les fortes chaleurs deviennent problématiques et il va falloir s’adapter. Aussi, le recul du trait de côte en Occitanie est un vrai sujet. À cela s’ajoutent des problématiques identiques au national : le manque d’attractivité des métiers, le coût du travail, le poids des normes règlementaires, notamment pour l’hôtellerie. Et surtout, une concurrence que nous jugeons déloyale, notamment avec les plateformes comme Airbnb, qui ne sont pas soumises aux mêmes règles que les hôteliers. Et nous voulons nous battre contre cela.

Nous travaillons aussi sur un sujet structurant : la création d’un “permis d’entreprendre” dans la restauration. Ouvrir un restaurant ne se limite pas à bien cuisiner. Il faut des compétences en gestion, en management, en réglementation. Aujourd’hui, trop d’établissements ouvrent sans préparation suffisante et nous étudions les possibilités de mettre en place des formations au sein des UMIH départementales.

Comment répondre à la pénurie de main-d’œuvre ?

Nous faisons face à une pénurie de personnel, alors même que le chômage reste élevé dans certains territoires. Nous travaillons avec France Travail, mais le vrai sujet est ailleurs : il faut revaloriser le travail, notamment financièrement. Si l’on veut que les gens reviennent vers nos métiers, il faut leur donner envie, et cela passe par les conditions de travail et les salaires. Enfin, nos métiers donnent du bonheur et ils doivent retrouver du sens et de la reconnaissance.

Quelles grandes tendances observez-vous dans le secteur ?

Le localisme est une tendance forte. Les clients veulent consommer local, découvrir un territoire à travers l’assiette et l’expérience. En Occitanie, nous avons une richesse incroyable : mer, montagne, arrière-pays. Il faut s’appuyer dessus. Un restaurant doit être cohérent avec son environnement. Proposer des moules-frites partout n’a pas de sens d’après-moi. Même chose pour l’hôtellerie : les clients recherchent une expérience humaine, authentique, connectée au territoire.

Quels conseils donneriez-vous à un entrepreneur qui veut se lancer ?

C’est le plus beau métier du monde, mais il faut être lucide. Il faut pour cela bien mesurer son projet, anticiper les coûts cachés, se former et se sécuriser. Ce n’est pas un métier où l’on s’improvise entrepreneur.

Quel message souhaitez-vous faire passer pour l’avenir du secteur ?

Nous avons une situation paradoxale : beaucoup de demandeurs d’emploi, et en même temps des difficultés à recruter. Je travaille sur mes établissements à allonger les ailes de saisons pour pouvoir proposer des emplois à l’année. C’est essentiel pour structurer la filière. Mais cela implique aussi d’adapter le droit du travail français, pour plus de flexibilité et une meilleure adéquation avec les attentes des salariés.

Pour finir, une note plus personnelle : qu’est-ce qui vous fait vibrer dans ce métier ?

L’humain, sans hésiter. On ne s’ennuie jamais, chaque jour est différent. On crée des souvenirs, on fait plaisir aux gens. Et au fond, malgré les contraintes… c’est peut-être ça le vrai luxe de nos métiers.

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