« Aujourd’hui, un hôtel n’est pas qu’un lieu où l’on dort, c’est un lieu où l’on vit » – Matthieu Blanc (Arrelia)

Matthieu Blanc – Fondateur et président du groupe hôtelier Arrelia
En vingt ans, Arrelia s’est imposé dans le paysage hôtelier du sud de la France et notamment en Occitanie. Avec 14 hôtels, trois résidences services seniors et près de 400 collaborateurs, le groupe poursuit sa croissance tout en repensant son métier face aux nouvelles attentes des voyageurs, à la révolution numérique et aux enjeux environnementaux. Pour notre série « Ils font bouger les lignes du CHR », Matthieu Blanc partage sa vision d’une hôtellerie en pleine transformation.
Arrelia vient de racheter récemment le Mercure de La Grande-Motte. Quelle sont vos ambitions sur le secteur hôtelier ?
Matthieu Blanc : Lorsque nous avons créé Arrelia en 2007, notre ambition était de développer un groupe hôtelier avec des hôtels, des résidences seniors et des ehpad mais finalement les circonstances ont fait que nous nous sommes concentrés sur l’hôtellerie. Aujourd’hui, le groupe exploite 14 hôtels situés entre Marseille et Collioure, ainsi que trois résidences services seniors. Nous possédons 12 établissements en franchise et 2 en marque propre, à savoir : l’hôtel La Plage à la Grande Motte et l’hôtel du Midi à Palavas-les-Flots. Nous comptons 400 collaborateurs et réalisons un CA de 50 M€. A noter : Notre dernière acquisition (juillet 2026) n’est autre que le Mercure de La Grande-Motte.
Notre développement s’appuie sur la construction d’établissements (comme prochainement à Sète avec un hôtel 4 étoiles) ou le rachat d’hôtels existants en franchise avec des enseignes comme Accor, Radisson ou Holiday Inn. Ces marques nous apportent une véritable expertise commerciale et technologique. Elles nous permettent de bénéficier de leur puissance de distribution, de leurs programmes de fidélité et d’outils numériques particulièrement performants.
Quant à notre objectif d’ici 10 ans : atteindre une vingtaine d’hôtels en poursuivant une croissance raisonnée, fidèle à nos valeurs et à notre ancrage dans le sud de la France.

Comment ressentez-vous le marché actuellement ?
Nous évoluons dans un marché particulièrement dynamique. Depuis plusieurs années, l’hôtellerie bénéficie d’une croissance soutenue, portée par une mobilité toujours plus importante des voyageurs. Les déplacements professionnels et les voyages de loisirs continuent de progresser. Les échanges internationaux se sont intensifiés et les flux de voyageurs ne cessent d’augmenter. Cette ouverture du monde crée un contexte très favorable pour notre secteur, même si elle nous oblige aussi à nous adapter en permanence aux nouvelles attentes des clients.
Justement, en vingt ans, qu’est-ce qui a le plus changé dans l’hôtellerie ?
Nous avons vu beaucoup de choses changer comme vous pouvez l’imaginer. D’abord l’influence toujours plus importante du lifestyle. On recherche un storytelling, une histoire à raconter aux clients au travers de nos hôtels. Régulièrement on doit se mettre à la page et redécorer les établissements. L’hôtel n’est plus uniquement un lieu où l’on dort. Les clients recherchent une ambiance, une identité, un restaurant, un spa, des animations… Ils veulent vivre une expérience qui commence bien avant leur arrivée et se poursuit après leur départ.
Dans le même temps, les technologies ont aussi complètement percuté notre façon de travailler. Les logiciels de revenue management analysent le marché en permanence pour ajuster les tarifs au plus juste, et l’intelligence artificielle va encore accélérer cette évolution. Ce sont des outils de pilotage indispensables. Notre métier devient de plus en plus précis dans la connaissance du client, l’anticipation de ses attentes et la personnalisation de son séjour.
Finalement, que vient chercher un voyageur lorsqu’il réserve un hôtel aujourd’hui ?
Le client n’achète plus seulement une chambre. Il attend un accompagnement avant son arrivée, des services pendant son séjour et une véritable qualité d’expérience. C’est pourquoi nous développons des outils qui permettent, par exemple, de proposer automatiquement une table au restaurant, une place de parking ou un soin au spa avant même que le client n’arrive à l’hôtel. Nous construisons désormais des séjours plus que des nuitées. Aussi, depuis le Covid, nous avons observé une évolution très nette des comportements. Les réservations sont beaucoup plus tardives et les attentes beaucoup plus élevées. Les voyageurs comparent davantage, recherchent de la flexibilité et accordent une importance croissante aux avis en ligne.

Les groupes hôteliers prennent une place de plus en plus importante. Les établissements indépendants ont-ils encore leur carte à jouer ?
Oui, clairement. Il y a de la place à la fois pour les hôteliers indépendants et pour les groupes. Les deux modèles répondent à des attentes différentes et peuvent parfaitement coexister.
Simplement, les grands groupes disposent d’économies d’échelle, d’outils performants et d’une puissance commerciale qui leur permettent d’exploiter plus facilement des établissements de grande capacité, notamment au-delà de 60 chambres. En parallèle, les indépendants misent souvent sur une identité forte, une relation de proximité.
Au final, il ne s’agit pas d’opposer les deux modèles. Chacun a sa légitimité et son marché.
Entre recrutement, climat, numérique… quel est aujourd’hui le plus grand défi de votre groupe hôtelier ?
Nous devons avancer sur plusieurs fronts en même temps.
Le recrutement s’est progressivement stabilisé après les difficultés rencontrées à la sortie du Covid, mais il reste essentiel de fidéliser les équipes et de leur offrir de vraies perspectives d’évolution. La qualité de l’accueil repose avant tout sur les femmes et les hommes qui font vivre nos établissements. En parallèle, nous devons adapter nos hôtels au changement climatique, en repensant leur conception, leur efficacité énergétique ou encore les services proposés aux clients lors des épisodes de fortes chaleurs. Enfin, nous devons intégrer les nouvelles technologies sans jamais perdre ce qui fait l’essence de notre métier : l’hospitalité, la proximité et la qualité de la relation humaine.
Imaginons l’hôtellerie dans dix ans, à quoi ressemblera-t-elle ?
Je suis convaincu que les hôtels seront encore plus connectés, plus durables et davantage tournés vers les services. L’intelligence artificielle nous aidera à mieux comprendre nos clients, à personnaliser leur expérience et à optimiser nos organisations, mais elle ne remplacera jamais l’humain.
L’hospitalité restera toujours une rencontre. La technologie nous fera gagner en efficacité et en confort, mais ce sont toujours les équipes, leur attention et leur capacité à créer de l’émotion qui feront la différence. C’est cette alliance entre innovation et qualité de l’accueil qui dessinera l’hôtellerie de demain.
