« Beaucoup de similitudes entre l’hôtellerie-restauration et le rugby » – Éric Bouget (UMIH 30) et Malik Hamadache (Provale)

Ils n’ont a priori pas grand-chose en commun : l’un dirige le syndicat professionnel de l’hôtellerie-restauration dans le Gard, l’autre a troqué ses crampons pour la présidence du syndicat des joueurs de rugby professionnels. Et pourtant, Éric Bouget, président de l’UMIH 30, et Malik Hamadache, président de Provale, ont signé au printemps dernier un partenariat inattendu mais terriblement logique : préparer les rugbymen et rugbywomen à leur reconversion dans le secteur CHR. Rencontre.
Comment est née l’idée de ce partenariat ?
Éric Bouget : Comme tout amateur de rugby, j’ai eu l’idée devant un verre de bière ! Je suis proche du président du Nîmes RC et de Provale, et en discutant, on s’est rendu compte que beaucoup de joueurs professionnels, que ce soit en Pro D2 ou en Top 14, investissaient en fin de carrière dans l’hôtellerie, la restauration ou les cafés-bars. L’UMIH était déjà partenaire de la dernière Coupe du monde en France, il y a des liens forts avec l’Ovalie. Ce partenariat, c’est une continuité logique. J’ai soumis le projet en interne, et l’idée a rapidement trouvé un écho : soutenue par le président confédéral Thierry Marx, cette initiative gardoise a été portée au niveau national.
Malik Hamadache : De notre côté, chez Provale, nous nous sommes aperçus qu’il y avait beaucoup de similitudes entre l’hôtellerie-restauration et le rugby. On peut facilement faire un parallèle entre l’équipe d’un restaurant et celle d’un club : chacun a une place définie et importante, et il faut que tout le monde joue sa partition pour que la machine tourne. Et puis il y a cette envie partagée de transmettre et de former.
Pourquoi le secteur CHR attire-t-il autant d’anciens joueurs/joueuses ?
Malik Hamadache : Les joueurs de rugby professionnels mettent fin à leur carrière à l’âge de 30 ans en moyenne. Chaque année, ils sont nombreux à prendre leur retraite sportive et retournent à la vie civile pour entamer une nouvelle carrière. Beaucoup se retrouvent du jour au lendemain sans salaire et sans emploi. Le secteur CHR les attire naturellement pour l’esprit de convivialité, pour le lien social, mais ça ne s’improvise pas. Cela nécessite des connaissances très précises, administratives, techniques, financières.
Éric Bouget : C’est aussi notre rôle à Provale et à l’UMIH : la famille rugby doit être là, sur le terrain mais aussi en dehors. Convivialité, esprit d’équipe, sens de l’accueil, dépassement de soi : les valeurs du rugby rejoignent naturellement celles de l’hospitalité et de la restauration. Mais encore faut-il avoir les clés en main.
Concrètement, que prévoit ce partenariat ?
Éric Bouget : Nous préparons une « valise UMIH » spécifiquement conçue pour la reconversion des sportifs, avec notre branche formation Aktiveo Formation. L’idée est de leur donner toutes les clés pour se lancer : formalités administratives, aspects techniques, gestion… Les joueurs/joueuses pourront aussi suivre des formations adaptées : permis d’exploitation, hygiène… pour construire progressivement leur projet entrepreneurial.
Malik Hamadache : Et au-delà de la formation, le partenariat prévoit un système de parrainage basé sur le volontariat du porteur de projet et des parrains issus des réseaux professionnels UMIH. L’UMIH mobilisera aussi ses partenaires pour proposer un accompagnement à l’installation : trouver l’établissement, appuyer au montage financier, conseil. C’est un accompagnement complet, de l’idée jusqu’à l’ouverture.
Y a-t-il déjà des actions de ce type du côté de Provale ?
Malik Hamadache : Nous avons un partenariat avec l’école Kedge Business School Bordeaux, où une vingtaine de joueurs suivent une formation bachelor « vins, spiritueux et restauration ». Ce nouveau partenariat avec l’UMIH va plus loin : il s’agit de leur donner les clés de la gestion d’un bar, d’un restaurant ou d’un hôtel. Et surtout, les joueurs/ses en reconversion pourront également bénéficier d’immersions professionnelles, de stages et de rencontres avec des chefs d’entreprise. Cette formation s’adresse aux joueurs/ses, qu’ils soient encore en activité ou non.
Le Gard joue-t-il un rôle particulier dans ce dispositif ?
Éric Bouget : Absolument, et j’en suis fier. C’est le Gard qui a été proposé comme département pilote pour construire ce partenariat structurant. Nous souhaitons accueillir prochainement dans les entreprises du département les premières joueuses et premiers joueurs accompagnés dans ce cadre. Ce qui est né autour d’un verre entre amis est devenu un accord national. C’est la preuve que les bonnes idées, quand elles sont portées collectivement, peuvent faire bouger les lignes.
Où en est-on aujourd’hui ?
Éric Bouget : Le partenariat a été officiellement signé au George V, à Paris. Avec plus de 35 000 entreprises adhérentes et un réseau présent sur l’ensemble du territoire, l’UMIH met son expertise au service de ces reconversions et souhaite favoriser l’émergence d’une nouvelle génération d’entrepreneurs issus du rugby. Maintenant, place au terrain.
Malik Hamadache : Ce partenariat, c’est la concrétisation d’une conviction simple : un joueur qui a tout donné sur un terrain mérite qu’on l’accompagne avec la même exigence quand il entame sa deuxième vie. La famille rugby doit être là, sur le terrain et en dehors.
